La première fois qu’on voit le Lac de Sainte-Croix, on cherche le filtre. L’eau est d’un bleu-vert intense, presque tropical, qui jure avec les falaises grises et la garrigue. Ce n’est pas une retouche. Voici pourquoi.
La source : les Gorges du Verdon
Le lac est alimenté par le Verdon, qui draine les Alpes du Sud. Avant d’arriver, l’eau parcourt des centaines de kilomètres à travers du calcaire et de la dolomie.
Deux choses font la couleur :
1. Les particules calcaires en suspension. En dissolvant le calcaire des gorges, l’eau charrie des particules minérales très fines, des “farines de roche”. Elles diffusent la lumière d’une façon particulière : elles absorbent le rouge et renvoient le bleu et le vert. C’est le phénomène qu’on retrouve dans les lacs glaciaires des Alpes ou des Rocheuses.
2. La pureté et la profondeur de l’eau. Le lac est peu pollué (pas d’industrie, pas d’agriculture intensive autour) et descend à 70 mètres par endroits. Une eau pure et profonde absorbe le rouge et renvoie le bleu, ce qui pousse encore le turquoise.
La couleur change selon les saisons
En hiver et au printemps, quand les pluies et la fonte des neiges apportent plus de particules, l’eau vire à un vert plus opaque. En été, avec moins de ruissellement, elle devient plus claire et plus bleue.
C’est en juin, juillet et septembre que la couleur est en général la plus dense, et la plus photogénique.
Ce que ça change pour la baignade
L’eau est propre et saine. La qualité est suivie régulièrement, classée “excellente” la plupart des années. La transparence va de 3 à 8 mètres selon la zone et la saison.
Le turquoise est plus fort en eau profonde. Depuis un bateau électrique, au-dessus de 10 à 15 mètres de fond, c’est là qu’il prend toute sa force.
Les photos
La lumière du matin (avant 10h) et celle du soir (après 17h) réveillent les reflets turquoise. En plein midi, soleil au zénith, l’eau paraît plus verte. Le coucher du soleil depuis les hauteurs de Bauduen, quand l’eau tient ensemble le vert, le bleu et l’or, c’est le souvenir que nos hôtes nous citent le plus souvent.
La couleur selon les points de vue
La même eau ne se voit pas pareil selon l’angle.
Depuis le bord, la couleur est intense mais plate. En eau peu profonde, on voit le fond, des galets clairs sous une eau transparente. Le turquoise est net, presque irréel.
Depuis un bateau électrique en plein lac, c’est là que l’effet est le plus fort. Sous la coque, l’eau change à mesure qu’on s’éloigne du bord : bleu-vert pâle par 3 mètres, bleu profond quasi noir par 15. À l’entrée des Gorges, là où les falaises se referment, la couleur passe entre l’émeraude et le jade.
Depuis les hauteurs de Bauduen, le regard plonge sur 2 200 hectares. La teinte change selon les zones : plus claire là où le fond remonte, plus dense au milieu. Par beau temps, la surface réfléchit le ciel et diffuse sa propre lumière bleue en même temps. De là, les photos portent le plus loin.
Ce phénomène est-il unique en France ?
Non, mais il est rare. Les autres lacs turquoise français sont surtout en montagne : lacs glaciaires alpins (Brienz côté suisse, Annecy dans une moindre mesure), où la même “farine glaciaire” donne des couleurs proches. La particularité de Sainte-Croix, c’est d’avoir cette eau à 480 mètres d’altitude seulement, au milieu d’un paysage de garrigue et de calcaire. Un décor méditerranéen, une eau qu’on attendrait plus au sud.
Ce que la couleur dit de la baignade
La transparence est un bon indicateur de qualité. Plus l’eau est claire et turquoise, moins elle contient d’algues et de matières en suspension. C’est lié au bassin versant : le Verdon traverse des zones très peu industrialisées et peu agricoles avant d’arriver. La qualité de l’eau est classée “excellente” presque chaque année.
Concrètement, pour la baignade : pas d’allergies cutanées fréquentes, pas d’odeur, fond visible même en eau profonde. Avec un masque, on voit à plusieurs mètres depuis la surface.
Les activités nautiques sur le lac, bateaux électriques, kayak, paddle, profitent directement de cette clarté : le fond défile sous la coque, les poissons passent, les algues bougent.