À deux heures de Marseille, une eau turquoise que beaucoup de Marseillais n’ont jamais vue.
Il y a une chose étrange avec Marseille et le Lac de Sainte-Croix : les deux sont à deux heures de route l’un de l’autre, et pourtant la majorité des Marseillais n’t ont jamais vu ce lac. On part à Barcelone, à Rome, aux Baléares — des destinations qu’on met parfois cinq heures à rejoindre — sans jamais prendre l’A51 vers le nord pour découvrir ce qui est, à bien des égards, plus beau que tout ça.
Ce guide est pour ceux qui veulent réparer cette erreur.
Ce que vous quittez. Ce que vous trouvez.
En été, Marseille est une ville magnifique mais épuisante. La chaleur s’accumule sur le béton, les calanques sont accessibles uniquement à pied et réservées des semaines à l’avance, les parkings débordent. L’envie d’espace, d’eau, de silence, se fait sentir dès le jeudi après-midi.
À deux heures de route vers le nord, via l’A51 en direction d’Aix-en-Provence puis de Manosque, le paysage change d’abord progressivement — Aix, la plaine de la Durance, les premiers reliefs. Puis, après Manosque, la route monte. Les oliviers laissent place aux chênes verts, aux falaises calcaires, à la garrigue. Les températures baissent de quelques degrés. Et puis, au détour d’un virage, le lac apparaît.
La première fois qu’on voit le Lac de Sainte-Croix, on freine instinctivement. Cette étendue turquoise, immense, encadrée par des falaises et des collines, n’est pas ce qu’on attendait. Elle ne ressemble à rien de connu en France métropolitaine. Elle ressemble à une photo de Nouvelle-Zélande ou des Balkans — et pourtant elle est là, à deux heures de la Canebière.
La route depuis Marseille
Itinéraire : A51 direction Aix-en-Provence, puis A51 nord vers Manosque. Depuis Manosque, prendre la direction de Riez par la D6, puis la D952 vers Moustiers-Sainte-Marie et le lac. Continuer jusqu’à Bauduen.
Durée : 1h50 à 2h10 selon la circulation, sans arrêt. Le vendredi soir de juillet-août, l’autoroute est dense jusqu’à Aix — partez avant 16h ou après 20h.
Ce qu’on voit sur la route : Le plateau de Valensole se traverse en fin de parcours. En juin-juillet, c’est l’un des plus grands plateaux de lavande de France — des kilomètres de rangées violettes de chaque côté de la route. Si vous faites le trajet en juin, prévoyez un arrêt.
Voiture indispensable une fois sur place. Les Gorges du Verdon, Moustiers et les villages environnants ne sont desservis par aucun transport en commun. C’est d’ailleurs ce qui les préserve.
Vendredi soir : l’arrivée
Arrivez avant la nuit pour profiter de la lumière du soir sur le lac. Le soleil descend derrière les collines aux alentours de 20h30 en été, et les dernières minutes de lumière rasante sur l’eau sont quelque chose. Depuis les terrasses de Bauduen, on le regarde depuis le haut — le lac prend des teintes cuivrées et violettes avant de passer au bleu nuit.
Le village de Bauduen est à deux minutes à pied du lac. Posez vos affaires, descendez à la plage avant le dîner. L’eau est encore chaude. Il y a peu de monde. C’est ça, l’avantage d’habiter à Bauduen plutôt que dans un hôtel à Aix.
Pour le dîner, le village et ses environs proposent quelques adresses où manger simplement — terrasse, cuisine provençale, rosé du Var. Pas de sophistication excessive. C’est mieux ainsi.
Samedi : le lac et Moustiers-Sainte-Marie
Matin : les bateaux électriques
La matinée du samedi commence sur l’eau. Les bases de location de bateaux électriques ouvrent généralement vers 9h. Arrivez à l’ouverture — non pas parce que vous êtes stressé, mais parce que le lac à cette heure-là est d’un calme extraordinaire. Pas de vent encore, pas de vagues, pas de bruit de moteur. L’eau est un miroir parfait qui reflète les falaises.
Les bateaux électriques sont sans permis, silencieux, simples à manœuvrer. On prend la direction des Gorges du Verdon — l’entrée se fait depuis le lac, côté ouest. Les falaises se resserrent progressivement. L’eau change de couleur, passe du bleu-vert du lac ouvert à un vert plus intense dans l’ombre des parois. C’est cette transition-là, ce passage du lac dans les gorges depuis l’eau, qui est le moment le plus fort du séjour pour beaucoup.
Comptez deux à trois heures pour une bonne sortie. Emportez de quoi pique-niquer — il y a des criques accessibles uniquement par l’eau où l’on peut s’arrêter, amarrer le bateau à un rocher, nager et déjeuner. Ces endroits ne figurent sur aucune carte touristique.
Après-midi : Moustiers-Sainte-Marie
Moustiers-Sainte-Marie est au bord du lac, côté nord-ouest. C’est l’un des plus beaux villages de France — classé officiellement, et c’est mérité. Le village s’encastre littéralement dans une faille de la falaise calcaire. Une chaîne dorée, portant une étoile, est suspendue entre les deux parois rocheuses au-dessus des toits. Une fontaine coule en permanence. Les ruelles montent en calades vers la chapelle Notre-Dame-de-Beauvoir, accrochée à mi-hauteur de la falaise.
L’après-midi est le bon moment pour venir — la lumière est belle, et les groupes de touristes du matin sont repartis. Montez jusqu’à la chapelle (environ 262 marches taillées dans le rocher, accessibles à tous) pour la vue sur le plateau de Valensole et le lac. En bas, les boutiques de faïence valent un coup d’œil — c’est la spécialité artisanale de Moustiers depuis le XVIIe siècle, et certains ateliers sont encore de vraies manufactures.
Pour le dîner, Moustiers a plusieurs bonnes tables sous les platanes. La Bastide de Moustiers est l’adresse gastronomique de référence — réservez plusieurs semaines à l’avance. Pour quelque chose de plus spontané, les restaurants de la place principale sont corrects, avec vue sur le torrent.
Soir : retour à Bauduen
Sur le chemin du retour, éteignez les phares une minute sur un chemin dégagé. Le ciel du Haut-Var, sans pollution lumineuse, est une surprise pour qui vient de Marseille. La Voie lactée est visible à l’œil nu. C’est banal à écrire — ça ne l’est pas à vivre.
Dimanche : les Gorges du Verdon depuis les crêtes
La journée du dimanche appartient aux Gorges du Verdon vues depuis le haut.
La Route des Crêtes — la D23 au départ de La Palud-sur-Verdon — longe le bord du canyon sur une vingtaine de kilomètres. Une série de belvédères permet de regarder en bas : 700 mètres de falaises à la verticale, le Verdon vert jade au fond, les randonneurs minuscules sur les sentiers. C’est le “Grand Canyon européen” — l’expression est un peu touristique mais pas totalement inexacte. Ce paysage n’a pas d’équivalent en France.
Pour ceux qui préfèrent marcher plutôt que conduire, le Point Sublime est un des meilleurs points de départ pour une balade dans les gorges. Le sentier descend depuis le belvédère vers le fond du canyon — accessible à tous pour la première heure, de plus en plus technique ensuite. Même une courte descente donne une idée du vertige des parois.
Avant de reprendre la route vers Marseille, passez par le village d’Aiguines, perché au-dessus du lac côté ouest. Château aux tuiles vernissées colorées, vue plongeante sur les Gorges, terrasse pour un dernier verre. C’est un des arrêts les plus photographiés de la région, et pour une fois c’est justifié.
Programme condensé sur 3 jours
Vendredi soir Arrivée à Bauduen. Descente à la plage avant dîner. Apéritif sur la terrasse face au lac.
Samedi Matin : bateaux électriques sur le lac (réservez à l’avance en juillet-août). Pique-nique dans une crique. Après-midi : Moustiers-Sainte-Marie — montée à la chapelle, flânerie dans les ruelles, faïences. Soir : dîner à Moustiers ou retour à Bauduen.
Dimanche Matin : Route des Crêtes ou Point Sublime — Gorges du Verdon depuis le haut. Passage par Aiguines. Déjeuner avant de reprendre la route. Retour à Marseille en début d’après-midi.
La meilleure période pour venir depuis Marseille
Mai et juin sont idéaux. Le lac monte en température, la lavande commence à fleurir sur le plateau de Valensole, les gorges sont praticables sans la chaleur écrasante de l’été. La route depuis Marseille est fluide. Les hébergements ont de la disponibilité.
Juillet-août : c’est possible, et l’eau du lac est à son meilleur (24-26°C). Mais il faut accepter un peu plus de monde, prévoir les activités à l’avance, et partir de Marseille tôt le vendredi pour éviter les bouchons sur l’A51.
Septembre est souvent le mois préféré des locaux. L’eau reste chaude, les touristes sont partis, les restaurants accueillent de nouveau les réservations le jour même. Les couleurs commencent à changer dans les gorges. C’est une saison courte mais intense.
Ce que Bauduen offre que les autres ne peuvent pas
Beaucoup de gens qui visitent la région dorment à Moustiers ou dans des campings autour du lac. Ce sont de bonnes options, selon ce qu’on cherche.
Bauduen, c’est autre chose. C’est un village médiéval perché — des maisons en pierre du XVIIe et XVIIIe siècles, des ruelles en calades, un marché le dimanche matin — avec le lac à deux minutes à pied. On n’a pas à choisir entre l’authenticité du village provençal et la proximité de l’eau. Les deux sont là, superposés, à une distance qu’on parcourt en tongs.
En juillet-août, quand les parkings des plages des Salles-sur-Verdon affichent complet dès 9h30, les habitants de Bauduen sont déjà dans l’eau depuis une heure — descendus à pied, en maillot, avec juste une serviette sous le bras.
C’est ça, le luxe réel d’une semaine ou d’un week-end à Bauduen.